09 juillet 2007
The americans
Un article en écho à ma note d'hier ou presque. J'avais oublié d'y mentionner la nouvelle réforme pénale parmi les motifs d'avalage de travers de ma violette à l'eau. Clément, cet ange blond descendu des cieux juridiques au-dessus de mon glandage neurologique assidu, s'est chargé de me le rappeler et de m'orienter vers un article du Monde extrêmement intéressant:
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-932844,...
Read it!!!
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25 avril 2007
Pourquoi Brett Easton Ellis est un écrivain de génie mais pas trop quand même
(élucubration cultuuuurelleuuuh - comment ça, bouse monomaniaque?)
Parce que d'abord, Brett, c'est un peu le David Lynch de la littérature. Et que David Lynch c'est un peu la plus grosse arnaque cinématographique de ce siècle (ouais Les Bronzés 3 aussi, ok). Pourtant j'y croyais 'achement au début (nan pas aux Bronzés 3, à Lynch). La preuve, je m'étais mis en tête de faire mon mémoire de géo sur la représentation spatio-temporelle et sa symbolique dans Twin Peaks. J'avais même jamais vu Twin Peaks. Comme quoi, en prépa, on fint tellement lobotisé qu'à la fin on trouve tout seul de quoi se faire chier.
Sauf que voilà, David Lynch, il fait des films que c'est tellement n'importe nawak que pour passer pour un con, on crie au génie. Parce que bon, Mullholand Drive c'est un peu joli quand même, et si tu comprends pas c'est juste que c'est trop profond pour toi comme réflexion.
Mon oeil et ma paire d'orteils.
Tout ce que je pige moi quand je mate un Lynch, c'est qu'il a pris les trois ingrédients les plus vendeurs du blockbuster américain lambda, à savoir de grosses voitures qui font vroum vroum, des raïs de coke qui font sniff sniff et des belles nanas qui font "oh oui!" ou "oh non" c'est selon.
Alors voilà, il filme tout ça, puis il prend ses petits ciseaux, il coupe, il mélange, il recolle, hop un peu d'effet ombre-lumière par là, une phrase énigmatique par ici, un gnome làà valàààà....tout le monde il y croit!
le problème c'est que plus ça va, plus il fait des collages à rallonge. 3h pour Inland Empire, faut pas déconner.
Moi au bout d'une demi-heure, je regarde le fond vide de mon pop-corn d'un air dépité et je commence à lister mentalement tout ce que je dois faire pour le lendemain (ce qui est souvent rapide, certes).
Bon David Lynch tout le monde a compris maintenant, sauf que bon y a marqué Brett Easton Ellis là en haut alors faudrait peut-être que je m'y mette. Après on va dire que je fais de la publicité mensongère, pour peu que ça soit racoleur.
Bon.
D'abord, je viens de m'enfiler toute la série des Brett, sauf American Psycho parce qu'il ne faut jamais vraiment finir ce qu'on a commencé, c'est bien connu. La vérité c'est qu'après Glamorama et Lunar Park, voire même Zombies, j'avais ma dose de tachicardie angoissée et de détails sanguinolants. Non que Brett soit un Stephen King mais quand il délire, il lésine pas sur le gore et le porno, voire le porno-gore.
Et puis Brett, c'est un peu un hymne au glauquissime. Voilà, le glauque on y baigne. Dans des piscines à 1 million de $ et des maillots haute couture certes, mais on y baigne quand même. Mais il n'en est pas vraiment coupable. Ou si. Coupable de trop bien décrire une société américaine décadent et désoeuvrée. il y a ce constat là, celui de la débauche vaine qui poursuit les nantis west coast, de l'adolescence aux cheveux blancs.
Parce que chaque bouquin est un peu beaucoup la suite de l'autre - d'où la bonne idée de les lire dans l'ordre, hou la trouvaille- (brett c'est un peu le Marcel Proust ricain du dernier quart de siècle en fait - c'te blague), où s'emboitent tout un puzzle de personnages. Pour le coup, la chronologie des oeuvres a véritablement un sens.
Et l'on se rend compte que plus Brett écrit, plus il dépasse ce constat du rien, du gouffre néantissime omniprésent qui surgit du trop riche, trop beau. Il le dépasse par un fictionnel délirant, de plus en plus frissonant et parano au fil des romans.
Certains y ont vu une dérive du label Brett. Les derniers romans sont jonchés de phrases trop longues, de scénar' trop alambiqués, de détails trop foisonnants, l'impression de se faire bousculer dans les coulisses d'un défilé Gaultier entre deux pubs Versace. Rien à voir avec l'écriture épurée du début donc.
Et pourtant Lunar Park, largement conspué mais sans doute le point final de toute l'oeuvre, apparaît plutôt comme la fin cohérente de cette longue série: le premier véritable roman d'auto-fiction assumé. Parce qu'il faut bien s'inventer une vie, ou plutôt un sens, au prix de l'angoisse paranoiaque si il le faut, puisqu'il faut bien chercher au-delà du monnayable désormais.
Bref, Brett, j'y croyais aussi, tout comme en Lynch. J'ai failli crier au génie et puis naaaaan. D'abord parce que l'on doit toujours se méfier de tout être humain idôlatré par Technikart.La preuve donner des pistes d'explication au mal-être sociétal en balancant en vrac, certes tout en nuance mais en balancant quand même: le déficit affectif parental, l'absurdité capitaliste, le mimétisme identitaire, le système, etc...Ben des fois on se demande si c'est pas un peu simpliste foireux comme affaire.
Mais surtout, Brett, il est nul en fins. Incroyable. Il fait monter l'intrigue et le suspens comme personne que t'arrives plus à le lâcher ton bouquin et là bam il finit par un truc complêtement pourrav', le mec qu'a torché ca entre le café et la douche du matin et ça te donne envie de tout balancer de frustration. Alors sais pas, ce goût de pleine-bouche là, c'est ce qui fait la différence entre une bonne glace qui tue en plein été, et un esquimau pas terrible. Brett, en fait, il est pas terrible.
Tout ça pour ça, franchement j'ai envie de dire: "arrrrrrêêêête!"
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04 mai 2006
Franny, Zooey and me...
V.O. exigée
Alors que je gisais, à demi-agonisante au beau milieu des collines de cours qui ont discrétionnairement envahies mon appartement, les yeux révulsés face à l’oppressement du gigantesque administratif, et alors que je tendais désespérément la main dans un geste de douleur inégalée, voilà que mes phalanges tremblantes découvraient avec étonnement une surface lisse et inhabituelle : non cela n’était pas le grain fin et futile d’une énième feuille de cours, ni l’encre grossière d’une inscritpion de marqueur sur un nouveau dossier à éplucher...Que nenni ! Il s’agissait bien d’un livre! Trop fin pour être le GAJA et trop petit pour être un manuel de droit communautaire....Un livre, un vrai !!! Aaaarrghh !!!Ca y est je renaissais à la vie commune, que dis-je, j’exultais, la lumière se faisait enfin jour au bout de mon tunnel administro-comatique ! Mes doigts agrippaient l’objet devenu insolite dans ce lieu peuplé d’analyse jurisprudentielle et de théories économiques, j’en caressais la tranche, fourrais mon nez au milieu de ses pages encore neuves....aaaahhh bonheur !
Bon. En fait le livre en question se trouvait au beau milieu d’autres livres, dans librairie à côté de chez moi. Mais faut bien que je sorte aussi. Pas envie de me Pascal Jan-éiser moi.
Bref, aprés cette intro ma foi un peu longue-mais-qui-a-le-mérite-d’attester-de-mon-sérieux-scolaire, ce livre...Car il ne s’agissait pas de n’importe quel livre, mais d’un Salinger...
Pour ceux qui ne se sont toujours pas remis du Catcher in the Rye (V.O. exigée aussi), qui se demandent toujours où vont les canards de Central Park en hiver, et dont Holden Caufield hante encore leur système nerveux périphérique, Franny & Zooey est on ne peut plus recommandé. Ce serait un peu la suite, ou le complément, une sorte de mise en situation pré ou post-nervous breakdown.
Pour résumé, Franny & Zooey sont les petits derniers d’une grande famille d’originales de New York. Ils hantent encore la maison familiale, royaume décadent d’une mère ancienne starlette des planches de Broadway et dont la progéniture se révèle singulièrement douée. Et Franny & Zooey, tous deux élevés à la pensée sipiritualo-hindouiste de leurs deux illuminés de grands frères ( qui ont fini suicidé pour le premier et terré en ermitage pour le second...), tentent vainement de se situer dans un monde trop étroit ou trop absurde pour eux.
Alors qu’Holden Caufield se perdait indéfinimment dans les rues de New-York, la plupart du roman se cantonne à la maison familiale et Salinger réussit un huis-clos extraordinaire. Il en use et abuse, presque 50 pages de conversation entre la mère et le fils entre le rideau de douche et le lavabo but damn ! that’s good !
D’ailleurs, le malaise qui se dégage rappelle étrangement les dernières pages de La Pastorale Américaine de Phillipe Roth, ce qui fait de Salinger un précurseur en la matière, quand il s’agit de soulever les paradoxes d’un pays qui, tout en étant à la frontière de la révolution et du rêve quelqu’il soit, ne peut s’empêcher de les tuer dans l’oeuf ou de créer immédiatement sa propre contradiction...
Juste un petit post-scriptum pour finir... :
P.S. : que personne ne crie à la prétention linguistique, si je mentionne V.O. exigée, il ne s’agit aucunement d’une coquetterie littéraire (tout de même c’est pas mon genre...) mais de répondre bel et bien à une nécessité de sens, puisque si Sur la route de Kerouac vous a vraiment pas emballé, c’est que la traduction était lamentable. La plupart des bouquins de la période étaient soumis à une traduction on ne peut plus édulcorée pour ne pas heurter la bonne morale française, ce qui les a sans doute vidé du plus intéressant de leur substance. Or, beaucoup n’ont pas été réédités depuis...Voilà ! That’s it !
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14 avril 2006
Et moi Orlando...

PEUT SERIEUSEMENT VOUS TAPER SUR LES NERFS...
"Je m'appelle Jeanne Mass" est le dernier de Thomas Lélu, génération trentenaire qui se ballade depuis quelques temps en librairie avec un post-it "je suis lélu" au-dessus des lunettes.
On ricane. Héhé.
Il serait pas un peu déglingué sur les bords et au milieu celui-là? Lui on ne le connaît pas personnellement parce qu'on a pas d'entrée chez Technikart, mais son roman l'est certainement.
Le Jeanne Mass en question et son alterego télévisuel, Derrick, ex-champion de smurf à St-Quai-Portrieux en 89, sont videurs au Coconut Café lorsque leur patron Roger Pichou est assassiné par deux ours roses...S'en suit une fuite en Bretagne pour les deux compagnons, dont les motifs initiaux s'épuisent d'ailleurs au bout de quelques lignes.
Mais peu importe, chaque page est un tourbillon délirant d'incohérence et d'absurdité décalées qui ne laissent pas un souffle de répit. L'auteur, visiblement atteint d'incontinence verbale, nous emmène tour à tour chez les frères Farelli, dans un Fellini, un Godard ou un Tex Avery.
Même si l'univers de Lélu est souvent teinté de parisianisme technikartien, Thomas Lélu signe un livre hilarant où les clefs à molette sont des porte-bonheurs, le sang du ketchup et où Elie Chouraqui mange des croissants aux amandes.
D'ailleurs, vous ne direz plus "va te faire foutre" mais "va manger des chipirons à Nouméa", ce qui n'est pas plus intelligent mais au moins un peu plus élégant...
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